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On a réussi le John Muir Trail (JMT) ! 

Et le JMT j’en parle, j’en parle mais kesako ?

C’est une longue randonnée qui officiellement part de Happy Isles au parc national de Yosemite et finie au sommet du Mont Whitney (et oui bizarre officiellement le trek s’arrête là mais la plupart des gens ajoute une vingtaine de kilomètres ensuite pour redescendre… ). 

Elle a été créée en l’honneur de John Muir, un naturaliste qui a œuvré pour la sauvegarde de la région, et est réputée comme une des plus belles des USA. C’est aussi une des plus connues. 

Mais les chiffres parlerons mieux, officiellement :

  • 344 km de long 
  • 14 030 m de dénivelé positif 
  • 12 000m de dénivelé négatif 
  • Plus haut point : 4421 m ( Mont Whitney, aussi le sommet des USA hors Alaska) 
  • Plus bas point : 1230 m (Happy Isles, Yosemite) 
  • 6 cols à plus de 3 400 m
  • 3 parcs nationaux traversés : Yosemite, Kings  Canyon et sequoia national parks

Mais voilà nos chiffres à nous :

  • Distance totale parcourue : 397 km
  • Dénivelé positif total : + 15 589 m
  • Dénivelé négatif total :  14 461 m

Nos chiffres sont un peu différents car on s’est ajoutés 2 sommets qui ne sont pas officiellement sur le JMT ( et oui on est joueurs ! ) :

  • Half Dôme : 2693 m. C’est un mont très connu à Yosemite Valley. Les derniers mètres d’ascension se font à l’aide de câbles fixés sur le paroi verticale, à la force des bras. C’est hyper impressionnant car si on lâche on tombe plusieurs centaines de mètres plus bas, on n’est pas du tout assurés. C’est déjà très physique, mais pour rajouter un peu de piment il faut aussi se croiser entre ceux qui montent et ceux qui descendent !
  • Cloud Rest : 3027 m. Situé en face du Half Dôme, il offre un magnifique panorama sur l’ensemble parc de Yosemite. On nous avait vivement conseillé de le faire, et on a bien fait !  Même si ça nous a rajouté pas mal de kilomètres et de dénivelé ce jour-là. 
  • Durée de notre trek : 19 jours (+ 1h le lendemain pour rejoindre la route) 
  • Moyenne de kilomètres par jour : environ 20 km
  • Notre plus longue journée : 7h30 de rando pour 30.5 km avec + 1555m de dénivelé positif et 1540 m en négatif. C’est le dernier jour, celui où on a gravis le Mont Whitney. La perspective de la fin donne des ailes, comme quoi tout est dans la tête ! 
  • La plus courte : 2h pour 8.2 km. C’est le jour où on a récupéré nos ravitaillement au Muir Trail Ranch. On était arrivés la veille vers 12h mais il n’était pas encore arrivé. On a donc dû gentiment patienter jusqu’à 16h le lendemain. A peine récupéré on a essayé d’avancer le plus possible avant la tombée de la nuit pour essayer de compenser un peu nos 28h d’attente au ranch.
  • Poids de nos sacs : 
  • Christophe : 20 à 26 kg
    • Marie : 15 à 19 kg

La journée type :

  • Levés vers 7h (on ne mettait jamais de réveil, on laissait la lumière du soleil s’en charger) 
    • Habillage (la torture quand il fait moins de zéro dehors et qu’il faut sortir du sac de couchage ! ) 
    • Rangement du kit à dodo (matelas, sacs de couchages, oreillers,… ) et des sacs
    • Récupération des bear box ( on n’a jamais eu d’ours qui s’est amusé avec pendant la nuit) et préparation du petit dej 
    • Rangement de la tente (bonjour les doigts gelés ! ) 
    • Essayer de se réchauffer tant bien que mal autour du chocolat chaud ou du thé en dégustant la barre de céréale du matin
    • Départ vers 8h/8h30 ( de plus en plus tôt au fur et à mesure des jours et du froid) 
    • Pause barre de céréales vers 10h (quand on en avait assez ! ) 
    • Pause déjeuné entre 12 et 13h avec filtrage d’eau et parfois toilette et lessive
    • Fin de la rando vers 16/17h 
    • Montage de la tente
    • De nouveau filtrage d’eau, avec plus ou moins lessive et toilette
    • Repas du soir vers 17h (idem de plus en plus tôt à cause du froid) 
    • Penser à tout ranger dans les bear box et les éloigner de la tente
    • Préparation du dodo (vite se planquer sous le sac de couchage ! ) 
    • Lecture
    • Dodo

Bien sûr les horaires ont beaucoup variées en fonction des jours, du nombre de kilomètres que l’on a fait, des endroits sympa que l’on trouvait pour manger et planter la tente ect… mais sur la fin nous étions plutôt devenus constants et on flânait beaucoup moins à cause du froid, donc nos journées ressemblaient souvent à ça. 

Cette randonnée se pratique le plus souvent de juin à septembre. Avant et après, il faut s’équiper en ski de rando car la neige est de la partie, ce qui nécessite une autre expertise. 

L’avantage de la faire en début de saison c’est que la nature est beaucoup plus luxuriante : l’eau abonde dans les rivières et cascades, les paysages sont verts et fleuris. Les inconvénients, c’est qu’il peut encore y avoir de la neige, les gués peuvent être compliqués à traverser et il y a pleins de moustiques ! 

Nous y étions à la toute fin de la saison. Octobre n’est pas conseillé en général à cause du risque de feux de forêts et de tempêtes de neige. Le Ranger nous avait dit que c’était un trek très fréquenté, au moins on n’a pas été gênés !  On croisait rarement plus d’un ou deux groupes et certains jours on n’a croisé personne (sauf au départ et à l’arrivée). On a beaucoup aimé vivre la transition entre l’été et l’automne : les arbres se colorer de rouge, les feuilles tomber, le froid arriver. C’est unique de vivre au plus prêt de la nature pendant une si longue période. 

Les difficultés : 

  1. Le permis

Avant tout c’est d’obtenir le fameux permis. Pour cela vous avez 2 possibilités en fonction de si vous le faites du Nord vers le sud (SOBO) ou du sud vers le nord (NOBO). 

  • SOBO : 80 % des permis sont mis en jeu lors d’une loterie qui a lieu 1 an avant. Les 20% restant sont distillés au compte goutte 2 semaines avant le début du trek. 
  • NOBO : Il faut participer à une loterie 1 an avant et tous les permis non réclamés sont remis en jeu le 1er mai à 8h. C’est alors les plus rapides (il faut se connecter pile à l’heure) qui les obtiennent. 

Nous avons eu la chance de tester les 2 méthodes !  D’abord le NOBO le 1er mai : nous étions 5 à se connecter en même temps pour maximiser nos chances (merci les voisins !)  et seulement Christophe a réussi à obtenir un permis. Puis comme notre permis a été annulé à cause des feux de forêts et de la fermeture de l’ensemble des forêts de Californie nous avons essayé le SOBO dispo 2 semaines avant. Nous avons fait environ une douzaine de demandes et la dernière a fini par être acceptée (on a mis dans les commentaires que ce serait un beau cadeau d’anniversaire pour moi, est ce ça qui a fait pencher la balance ?  On ne le saura jamais mais on aime bien l’idée. 

2. Le ravitaillement en nourriture

Le trek est complètement isolé dans la sierra et ne croise aucune ville ni refuge comme en France. Il faut donc prévoir de quoi manger pendant tout ce temps ! Pour cela plusieurs solutions s’offrent à vous :

  • Tout porter : les seuls qui le font sont ceux qui font le trek en mode course et n’y passent que quelques jours. Sinon c’est quasiment impossible de porter 3 semaines de nourriture et surtout de les caser dans les bear canister (j’en parle ensuite). 
    • S’envoyer des colis de nourriture : c’est l’option choisie par la plupart des randonneurs. Mais où les envoyer et comment ? Même s’il n’y a pas de refuge directement sur le chemin du trek il y a plusieurs hôtels / ranch qui sont situés à quelques kilomètres. Ceux-ci proposent des formules pour permettre de se ravitailler. La plus simple, c’est de récupérer votre colis à la poste et de le ramener chez eux. Les plus complètes comprennent parfois une chambre d’hôtel voir le transport pour rejoindre le lieu. En effet un hébergement, le Muir trail Ranch est facilement accessible à pied (environ 5 km de détour), mais tous les autres nécessitent un détour d’au moins 1 journée de marche (il y en a un aussi qui sont accessibles en marche + ferry). Tout ceci a un coût : il faut prévoir entre 100€  pour le service de dépôt de colis, et jusqu’à 500€ ou 600€ si on vient vous chercher sur un parking, qu’on vous emmène à votre hôtel et qu’on vous fait la lessive. 

Nous avons choisi cette option et envoyé un colis de nourriture au Muir Trail Ranch, celui situé au plus prêt du trek et en plus quasiment au milieu de la randonnée. 

  • Se déposer des colis de nourriture. Même si on ne croise pas de ville, le 3e et 5e jour du trek environ on croise des parkings de départ de randonnée, et plus tard certains parkings sont accessibles moyennant un détour d’une journée de marche (et souvent un col aller/retour !). À ces endroits, il y a des grandes boîtes métalliques, « food storage », pour permettre aux gens de sécuriser leur nourriture car il ne faut rien laisser dans sa voiture à cause des ours. Les randonneurs les utilisent aussi pour se déposer des colis de nourriture (à vos risque et périls, parfois certains sont utilisés par quelqu’un d’autre que le véritable destinataire… et je ne parle pas des ours ! ). Dans ce cas il faut avoir une voiture et déposer auparavant ses colis. 

Nous avons également bénéficié de cette méthode car au début nous pensions que tous les hôtels étaient fermés à cause des feux et de la fin de saison. Des randonneurs du groupe Facebook d’entre aide du JMT nous ont déposé un colis de nourriture à Tuolumn Meadows que nous avons récupéré intact le 3e jour du trek. 

  • Payer quelqu’un (ça peut être aussi un TRES bon ami !) qui vous rejoint sur le trek avec un colis de nourriture. On a croisé des randonneurs qui avaient choisi cette méthode (enfin ils n’avaient pas eu le choix car tout était fermé). Cela nécessite d’être précis sur son itinéraire pour venir à la rencontre de la personne le jour et l’heure convenus. On n’a pas osé demandé mais ça doit coûter extrêmement cher de passer par un professionnel. 

3. Les ours

Étonnamment ce n’est pas tant le risque de subir une attaque mais plutôt les efforts que l’on doit faire pour protéger les ours de la présence humaine qui apporte de la difficulté. J’en ai déjà parlé lors de l’article sur Yosemite Valley mais je vais faire un petit résumé ici car cette problématique est vraiment centrale dans ce trek. 

Les ours de Yosemite sont entre 300 et 500 et ne sont en général pas agressifs. Ils se nourrissent exclusivement de baies et de fourmis (il en faut pas mal pour atteindre les 20 000 Kcal par jour nécessaires à la préparation de leur hibernation). Pour éviter qu’ils ne se tournent vers une nourriture plus calorique et facile d’accès, les randonneurs doivent sécuriser leur nourriture. Pour cela 3 options : 

  • Le food storage : ces grandes boîtes métalliques dont j’ai déjà parlé qui se trouvent sur les parkings et à certains campings. 
  • Les bear canisters: ce sont des boîtes en plastiques avec un système d’ouverture un minimum compliqué pour qu’un ours (ou parfois un humain ! ) ne puisse pas y accéder. 
  • La suspension : le principe est de suspendre sa nourriture à un arbre de manière à ce que l’ours ne puisse pas y accéder (au min 3 m de haut et à 1 m de l’arbre). Cette technique n’est pas autorisée à Yosemite. 

Vous l’aurez compris pour le John Muir trail vous n’aurez pas le choix, vous êtes obligés de vous munir de bear canister. Nous avons choisi d’en louer 2 à la Ranger station de Yosemite, ils avaient une contenance de 10L pour 1kg3 environ.

Chaque soir vous devez placer toute votre nourriture mais aussi tout ce qui peut sentir (poubelles, savon, dentifrice, crèmes et même les médicaments) dans la boîte bien fermée. Ensuite il faut la placer assez loin de la tente mais pas trop pour pouvoir sortir de la tente si vous entendez un ours jouer avec. En effet pour que les ours restent le plus sauvages possibles, il est demandé d’intervenir pour leur faire peur et qu’ils ne soient pas tenté de s’habituer à l’homme et éviter qu’il joue au football avec la bear box afin de la retrouver le lendemain. Le principe c’est de se faire grand et de lui crier dessus. Heureusement on n’a pas eu à tester l’efficacité de la technique ! 

4. La gestion du poids / de la nourriture

Ces deux problématiques sont intimement liées et c’est en réalité la difficulté principale de ce trek. Si je le mets en 4ème position c’est qu’il fallait avoir en tête les autres éléments pour bien comprendre le soucis. En résumé, vous partez pour 3 semaines de randonnée environ, si vous ne voulez pas trop dépenser et que vous n’avez pas de voiture (comme des gens qui voyagent pendant 1 an par exemple), vous choisirez l’option ravitaillement au milieu du trek avec le Muir Trail Ranch. Il faut donc que vous partiez de Yosemite avec au minimum 10 jours de nourriture (vous en ajouterez 1 ou 2 au cas où vous êtes plus lent ou qu’il arrive quelque chose) et que vous prévoyez la même chose à envoyer au ranch. On ne se rend pas compte mais ça à un poids tout ça !  Vous me direz, vous n’avez qu’à manger des chips, c’est léger. Et non car voilà la deuxième problématique : tout doit rentrer dans votre bear canister y compris votre savon, crème solaire ect… ! C’est là que le casse tête commence car rentrer 12 jours de nourriture dans ces petites boîtes, c’est un vrai défis ! Il faut privilégié les aliments les plus intéressants au niveau du rapport poids/énergie, le plus sec possible, pour que ça reste léger mais également compact. 

Comme vous le savez nous on a eu la chance d’avoir des trekkeurs qui nous ont préparé un ravitaillement le 3ejour. Donc au départ de Yosemite c’était easy. Sauf que comme on est très prévoyants, et qu’on avait un gros doute que notre sceau arrive à temps au ranch, on avait prévu un surplus pour la deuxième partie du trek. C’étaient donc de totaux inconnus qui nous ont préparés notre nourriture pour 1 semaine de trek, ce qui a apporté un peu de piment(et dans les 2 sens du terme !) à notre expérience ! Selon leurs besoins à eux il y avait 12 jours de nourriture (au début on ne pensait pas pouvoir se ravitailler au ranch, car il semblait fermé, donc ils avaient prévu plus pour qu’on ait le temps de sortir du trek et rejoindre une ville pour se ravitailler). Heureusement on a mis seulement 7 jours à arriver au Ranch car on a eu faim ! On n’avait pas du tout les mêmes habitudes alimentaires : eux mangeaient le matin un petit dej à base de flocons d’avoine, lait et fruits secs. Ils grignotaient un petit truc (très) léger salé à midi et un repas lyophilisé le soir. Ils n’y avait quasi rien de sucré ou de petit snack à grignoter en cas de petit creux (ceux qui nous connaissent savent que l’on carbure beaucoup au sucre ! ). Nous on a l’habitude de faire des collations dans la matinée et dans l’après-midi, de manger un vrai repas à midi et un peu plus léger le soir, mais si possible un vrai repas aussi. On s’est donc rationnés et on a commencé à taper dans notre réserve de barres de céréales. Ce qui était drôle aussi c’était de manger selon leurs goûts à eux et ils adoraient les plats très épicés !  On en a versé des larmes pendant les repas !  Il y a même une fois où je n’ai pas pu finir tellement mon estomac était douloureux et pourtant quand on a faim comme ça, on ne fait pas la fine bouche ! En tout cas on était très reconnaissant de ce qu’ils ont fait pour nous et l’expérience était amusante. 

Pour finir avec cette thématique centrale du poids et de la nourriture, on peut dire qu’à cause de ça, on était extrêmement chargés (jusqu’à 26 kg pour Christophe et 19 kg pour moi), ce qui ajoute une grosse difficulté. On a vraiment souffert au niveau du dos et des épaules. J’ai même perdu la sensibilité de toute une partie de ma hanche gauche par compression d’un nerf… (mais bon ça devrait revenir un jour, y a pire comme bobo !). Et en plus de ça, on s’est vraiment rationnés. On estime qu’on mangeait environ 1500 kcal par jour alors que nos besoins correspondaient au minimum au double. Comme régime il n’y a pas mieux !  On pense avoir perdu environ 10% de notre poids en 3 semaines… mais bon au pays des Fast-foods, on ne devrait pas avoir trop de mal à récupérer tout ça !

5. L’eau

En plus du poids de la nourriture, il faut rajouter celui de l’eau. Heureusement, même en fin de saison, on a quasiment toujours réussi à trouver de l’eau régulièrement et les endroits où il fallait prévoir une plus grande quantité étaient indiqués sur notre carte. Il n’y a eu qu’une fois où on s’est retrouvés à sec : c’est après la grosse journée de marche du 3ème jour (20.5km avec 1400m de dénivelé positif), où arrivés au Sunrise campgroung, on s’est rendus compte que la rivière était asséchée et que la source d’eau indiquée sur la carte avait déjà été coupée pour la saison. Bon après réflexion le Ranger nous l’avait peut-être dit… mais on a décidé à la dernière minute de faire l’ascension de Cloud Rest, et on pensait pouvoir dormir plus loin ce jour-là, donc on n’a pas trop écouté… Qui dit pas d’eau dit pas de bouf donc on a dû se coucher le ventre vide et marcher quelques kilomètres le lendemain matin jusqu’à Cathedral Lake avant de pouvoir prendre le petit dej. Ça nous apprendra à bien écouter le Ranger ! 

Si vous voulez maximiser vos chances de rester en bonne santé pendant votre trek il vaut mieux avoir un système pour purifier l’eau. Si vous suivez un peu nos aventures, vous vous rappelez peut-être qu’on avait récupéré un filtre dans la boîte des randonneurs du PCT car le notre était moisi. A notre avis c’est la solution la plus légère et efficace pour purifier l’eau. Cela demande juste un minimum d’organisation : remplir la poche à eau, fixer le filtre, remplir les gourdes en maintenant le volume d’eau nécessaire dans la poche pour ne pas que l’air pénètre. Mais au bout de quelques jours, on a chopé la technique et on réussissait à faire le plein d’eau rapidement. On portait en moyenne 1L chacun, et jusqu’à 2,5L sur les portions asséchées. 

6. L’altitude

C’est un trek relativement élevé en altitude car on est régulièrement au dessus des 3000 m et on grimpe à la fin à 4400 m d’altitude. Les effets se ressentent en général à partir de 3000 m mais ça dépend des gens. 

Il y a d’abord l’essoufflement car  plus on monte, plus la saturation en oxygène diminue. Et il peut y avoir aussi le mal des montagnes : maux de tête, nausées, fatigues pour le plus fréquent. 

Nous faisions le trek dans le bon sens ce qui nous a permis de nous acclimater doucement et on n’a pas trop souffert de l’altitude ( un peu d’essoufflement au début mais rien de méchant). Quand on commence au sud par l’ascension du mont Whitney, ça peut être plus compliqué. 

7. Les cols

La dernière semaine était rythmée par l’ascension et la descente des cols de Kings Canyon national park. Chaque jour c’était la même rengaine : on essayait de couper la montée en plantant notre tente à mi chemin de l’ascension, à 3000m environ, le matin on finissait les derniers centaines de mètres de dénivelé, ensuite on redescendait et on remontait la première partie du prochain en fin d’après-midi. Ça, tous les jours, pendant quasi toute la dernière semaine. Avec l’apothéose le dernier jour : l’ascension du mont Whitney à 4400m. C’est toujours un peu dur pour le moral quand on redescend tout ce qu’on vient de monter pour ensuite tout recommencer mais en vrai au fond de nous, on adore ça sinon on ne randonnerai pas ! 

8. Le froid

Qui dit altitude dit froid (et qui dit faire le trek en automne dit encore plus froid ! ). On est plutôt bien équipés contre le froid avec des matelas 4 saisons et des sacs de couchage en plume confort -1°C. Assez rapidement il s’est mis à geler la nuit, mais avec tout ça on supportait assez bien le froid. Le plus dur c’était le matin mais au moins ça nous motivait à avancer rapidement ! 

La deuxième partie de la randonnée est beaucoup plus haute et nous passions la plupart de nos nuits au dessus de 3000 m d’altitude. A ce moment là notre équipement n’était plus suffisant et on a trouvé une solution en jumelant nos sacs de couchages pour dormir enlacés, ce qui s’est révélé très efficace !  On a appris que le thermomètre était descendu à -12°C les dernières nuits… On a même eu quelques flocons le dernier jour, heureusement la neige n’a pas tenu car ça aurait pu compliquer notre randonnée en rendant le chemin glissant et difficile à trouver. Je garde malgré tout encore les cicatrices de ce froid intense, des engelures sur le nez et des gerçures sur les doigts.

C’est surtout pour cette raison que l’on a fini beaucoup plus tôt que prévu notre trek. Quand il fait froid comme ça les pauses sont courtes et on marche plus vite pour se réchauffer ! 

9. Les feux de forêt et la fumée

Malheureusement ça devient un problème récurrent en Californie chaque année. On a été directement impactés par cette catastrophe écologique, d’abord avec notre premier permis qui a été annulé, mais surtout pendant notre trek. 

Comme je le disais dans l’article sur Yosemite, nous avons découvert le parc sous une pluie de cendres le premier soir. Heureusement en journée le vent avait complètement chassé la fumée. Mais arrivés aux abords de Tuolumn Meadows le 3ème jour, nous avons marchés pour la première fois dans la fumée. Conjugué aux effets de l’altitude, il était parfois difficile de respirer. Malheureusement ce ne sera pas notre pire expérience… 

La dernière semaine du trek, après avoir passé le col de Muir, nous avons été pris chaque jour dans une épaisse fumée qui nous piquait les yeux, le nez et nous laissait un goût de cendre dans la bouche. Le plus triste c’est que l’on ne pouvait même plus profiter des paysages. Heureusement la plupart du temps le ciel se dégageait le matin pour de nouveau être enfumé quelques heures plus tard. Encore aujourd’hui notre tente empeste toujours la fumée, ça nous rappelle le trek ! 

En ce moment un gigantesque feu dévore le Kings Canyon et le Sequoia National park, le KNP complex, des milliers d’hectares sont déjà partis en fumée. Quand nous avons eu la première grosse journée de fumée, nous avons eu peur que le feu ne se rapproche et nous oblige à finir prématurément notre trek. C’est ce qui s’était passé l’année dernière, en septembre, les randonneurs avaient dû être évacués. Mais heureusement le feu était assez loin et on n’a pas eu le choix que de s’accoutumer à la fumée. Le plus embêtant c’est qu’elle cachait également complètement le soleil, aggravant le froid intense qui avait commencé à s’installer.

On a appris, peu de jours après la fin de notre trek, que les deux parcs, Kings Canyon et Sequoia, avaient été fermés au publique. Il s’en ai encore fallu de peu, on peut dire qu’on est passés entre les gouttes (ou les flammes ! ). 

10. Les gués

Il y a beaucoup de rivières plus ou moins grandes à traverser pendant le trek. Certaines sont équipés de ponts plus ou moins sophistiqués : ça va du tronc d’arbre au magnifique pont suspendu. Mais la plupart se traversent comme on peut. Comme nous le problème était plutôt à la sécheresse qu’à l’inondation, la plupart du temps on a pu sauter de pierres en pierres sans se mouiller. Plus tôt dans la saison il faut prévoir des chaussures qui vont dans l’eau pour les franchir en toute sécurité. 

11. Les bestioles

Normalement l’avantage de randonner à cette période c’est que l’on n’est pas gênés par les bestioles. Les moustiques peuvent pulluler par centaines en juin/juillet et obliger les randonneurs à porter des vêtements longs, répulsif et moustiquaires de tête. Après c’est sans compter l’appétence particulière qu’ont les bestioles pour mon sang. C’est comme si je portais en permanence une pancarte lumineuse clignotante sur moi : « buffet à volonté, première fraîcheur ». Toutes les bestioles, n’importe où, n’importe quand, me dévorent en permanence. Bref j’ai été couverte de piqûres pendant tout le trek. A tel point que l’on s’est pausés la question d’avoir attrapé des punaises de lit à Los Angeles, on a donc lavé toutes nos affaires au Ranch. Mais je pense que c’étaient simplement les bestioles du coin ( des puces ? ) qui chaque jour me dévoraient. Le truc casse pied avec les bear canisters, c’est que l’on soit obligé de mettre également la crème anti démangeaisons dedans. Autant dire qu’en pleine nuit ça gratte ! 

12. L’hygiène

Vous vous posez sûrement la question, mais comment passer 3 semaines à marcher quotidiennement sans prendre une seule douche ? 

On se lavait tous les jours plus ou moins entièrement dans les lacs et rivières. Pour ne rien vous cachez, plus il a fait froid et moins les parties les moins essentielles étaient lavées fréquemment !  Par contre ce n’était pas si simple de faire sa toilette car pour ça aussi on avait reçu des consignes très précises du Ranger. En effet, pas question de polluer les rivières avec nos savons, la protection de l’environnement doit rester notre principale préoccupation. La technique consistait à prendre de l’eau dans le lac (avec un sac étanche ou la popote) , marcher au moins 30 mètres, se laver en laissant le sol retraiter l’eau savonneuse. Le principe était le même pour laver nos vêtements. Sur le papier ça ne paraît pas compliqué, en réalité ce n’est pas si facile ( l’eau qui se renverse du sac étanche, les allers retours pour rincer, tout ça pieds nus,… ) . Le pire était bien sûr le moment où il a fallu se laver les cheveux !  Car peut être que l’eau clair des lacs de montagnes peut donner envie en photo, mais en vrai, elle est glacée et si vous rajoutez le fait qu’on était déjà en automne, avec une petite brise fraîche dans l’air, je vous laisse imaginer la volonté qu’il m’a fallu pour me renverser plusieurs fois une casserole d’eau sur la tête !  La chance que l’on eu c’est qu’au milieu de la randonnée on a été contraint malgré nous d’attendre notre ravitaillement au Muir Trail Ranch, qui a la chance d’avoir sur son terrain… une source d’eau chaude !  On a donc pu se laver plusieurs fois à ce moment-là, ce qui nous a fait le plus grand bien. 

13. Les bobos

C’est en marchant aussi longtemps que l’on découvre les pouvoirs extraordinaires du corps humain. Car on ne va pas vous mentir on a eu notre lot de douleurs diverses : ampoules, contractures musculaires, douleurs abdominales, tendinites, plaies, infections cutanées, engelures… Mais à chaque fois le corps fini par s’habituer et la douleur s’atténue. C’est assez incroyable comme on pouvait boitiller le soir au bivouac, grimacer en mettant nos chaussures le matin et ensuite marcher 20 km. Pareil pour le début de tendinite que l’on arrivait à mettre de côté en se concentrant sur autre chose. D’ailleurs ces petites douleurs nous font beaucoup plus souffrir maintenant que l’on a fini le trek. C’est comme si le fait que l’on sache que l’on n’ait pas le choix que de continuer (nous n’avions aucun moyen de prévenir les secours pour venir nous chercher de toute façon ! ) nous faisait oublier tout ça. La seule douleur avec laquelle on a dû composer c’était celle du dos. Avec nos sacs surchargés on n’avait pas le choix que de faire des pauses régulièrement quand la douleur devenait insupportable. 

14. La casse du matériel

On a eu quelques soucis de casse sans gravité pendant notre trek. 

Dès le début la partie pointue de mon bâton de marche a perdu contre le granit des rochers de Yosemite. Mais finalement cela n’a pas été très gênant pour la suite. Limite je dérapais moins sur le côté moignon !

Assez rapidement mon matelas a commencé à se dégonfler pendant la nuit.  Avec Christophe on a le même modèle et on a déjà dû le renvoyer 2 fois pour ce même soucis : on ne trouve pas de trou mais le matelas se dégonfle lentement. C’était assez problématique car c’est un des principal élément qui me protégeait du froid la nuit. Un midi on a donc pris le temps de rechercher la fuite dans un lac. C’était assez comique, moi les deux pieds dans l’eau à essayer de plonger le matelas dans les eaux glacés en guettant les petites bulles d’air. Malheureusement on n’a rien trouvé et j’ai finis la rando avec mon matelas défectueux. 

L’écran de la liseuse de Christophe a rendu l’âme. Enfin la partie supérieure dans un premier temps ce qui lui permettait de lire les ¾ de sa page, pas très pratique mais faisable !  Comme on rentrait vite dans la tente le soir à cause du froid, il n’était pas rare que l’on soit au lit vers 17h30. Même si on se levait tôt, vers 7h environ, ça fait quand même un gros dodo. On aime bien lire dans ces moments là, donc ça a bien manqué à Christophe. 

Les chaussures de Christophe n’ont pas supporté les 400km de marches et se sont fissurées jusqu’à provoquer de gros trous. C’est tellement compliqué de trouver des chaussures qui ne font pas mal et correspondent à tous les critères que Christophe est très déçu qu’elles n’aient pas tenues. Il va essayer de les échanger à Décathlon mais ce n’est pas évident quand on est à l’autre bout du monde. 

15. Les abandons

On a croisé beaucoup de randonneurs qui ont été contraints d’abandonner le trek, chacun pour des raisons différentes, ça pause question sur notre propre capacité à finir le trek dans ces moments là. 

D’abord un duo d’hommes qui nous semblaient être très aguerris, ils dormaient sans tente !  Ils sont sortis au Muir trail Ranch car un des deux souffrait de dégout de la nourriture (probablement à cause de l’altitude) et n’arrivait pas à s’alimenter depuis plusieurs jours. 

Ensuite un autre groupe de 4 dont le leader était surnommé Mc Gyver. On les avait rencontré à notre départ du Ranch et ils nous avaient proposé de nous conduire à l’arrière de leur pick up jusqu’à la ville, après la fin de la randonné. Ils nous avaient dit qu’ils y seraient le 8, on se pensait incapables de finir si tôt. Et pourtant le 8 au matin on y était, mais pas eux. Comme on ne les a jamais recroisé, on pense qu’ils ont été contraints d’abandonner car une personne de leur groupe souffrait d’une infection au pied quand on les a rencontré. 

D’autres ont abandonné à cause de la fumée, d’une panne de gaz ou du mal d’altitude.

16. La fin du trek

Officiellement le trek se termine au sommet du Mont Whitney. Comme on l’a déjà dit, il est conseillé de redescendre ensuite, ce qui rajoute 18km pour le plus proche, le parking de Whitney Portal. Une fois là bas, vous pensez avoir fini de marcher, mais non, c’est les poupées russes ce trek !  Il reste encore un peu plus de 20km jusqu’à la ville où vous pourrez espérer attraper un bus. Deux solutions s’offrent à vous : soit vous n’êtes pas encore rassasié et vous le faites à pied. Soit vous faites du stop (je vous laisse deviner ce qu’on a choisi ! ). Bref  faire du stop c’est bien, mais un vendredi matin à 8h alors que tout le monde commence à peine sa journée de rando, bon courage !  Heureusement on avait déjà commencé à faire du repérage pendant notre descente et on avait croisé un groupe de 4 Mexicaines (mauvais chiffre le 4, 3 ou moins c’est mieux pour le stop… ) qui redescendait après avoir tenter l’ascension du Mont Whitney en partant à minuit. Malheureusement elles avaient soufferts de l’altitude et avaient dû abandonner. Elles ont été cependant adorables et ont acceptées de nous redescendre à 6 dans leur petite voiture. Chacune son sac sur les genoux, car le coffre était trop petit, et Christophe un sac un peu plus volumineux (moi ! ). 

Les moments inoubliables :

Comme je déteste hiérarchiser, je vais vous les présentez dans l’ordre chronologique. 

  1. Les animaux 

On a eu la chance de commencer notre randonnée avec un ours !  Il était là pour nous souhaiter bonne chance à Happy Isles. C’était un jeune, il n’était pas du tout agressif et semblait complètement nous ignorer. Il se baladait probablement en espérant qu’un randonneur peu scrupuleux lui ait laissé un peu de nourriture accessible. C’était un joli clin d’œil aux dessins que mon papa réalise chaque semaine depuis notre départ, où on est toujours accompagnés d’une ours nommée Mirabelle ! 

A peine quelques centaines de mètres après, voilà que l’on est tombés sur un Lynx !  La randonnée s’annonçait exceptionnelle. 

Toute notre marche a été accompagnée par des écureuils mais aussi de plus petits rongeurs que l’on ne connaissait pas, des tamias. Certains étaient plus curieux que d’autres, il y en a même qui ont essayé d’escalader notre tente. 

On a rencontré également plusieurs fois des biches et leurs petits,  ils nous ont même surpris une nuit en farfouillant près de la tente, on a cru que c’était un ours qui s’amusait avec notre bear canister (Christophe a d’ailleurs eu le courage de passer la tête hors de la tente avec sa frontale pendant que je restais planquée dans mon sac de couchage) !  Une seule fois nous sommes tombés sur un groupe de cerfs. Ils cherchaient à faire des réserves de nourriture pour l’hiver et n’étaient absolument pas gênés pas notre présence. 

2. L’ascension de Half Dôme

On ne va pas vous cacher que l’on ne faisait pas les fiers devant les derniers 200 m de montée verticale au pied du Half Dôme. On ne s’était pas du tout renseigné quand on avait demandé le permis (pour se garder la surprise ! ) et on ne s’attendait pas à ça ! Heureusement que les randonneurs avaient laissé des gants sinon nous n’aurions jamais pû nous hisser sur les câbles. Il y avait des planches en bois régulièrement pour permettre de se reposer un peu les bras, mais c’était sommaire (surtout qu’il en manquait plusieurs). En plus il fallait réussir à croiser les gens qui redescendaient…je ne vous raconte même pas ! On ne pouvait pas s’empêcher de se dire qu’en France jamais on aurait permis à n’importe qui de faire quelque chose d’aussi dangereux non assurés, mais heureusement on était aux USA. Et pourtant on a croisé une dame âgée de 69 ans qui l’a fait avec sa fille. Elles avaient été prévoyantes et portaient baudrier et mousquetons pour s’accrocher aux câbles. 

En tout cas une fois arrivés au sommet la vue époustouflante et l’adrénaline de la montée nous a procuré une sensation grisante. On avait une vue sur tout Yosemite et sur la marche des prochains jours. On appréhendait un peu la descente car les gens avaient vraiment l’air de galérer mais finalement en laissant glisser nos mains gantées et en faisant des pauses à chaque planche ça a été plutôt facile. 

3. L’ascension de Cloud Rest

Cloud Rest ne fait pas parti du John Muir trail normalement mais la personne qui nous a préparé notre ravitaillement nous avait vivement conseillé de le faire donc on l’a écoutée. Ça nous rajoutait 4 bons kilomètres de plus mais surtout pas mal de dénivelé. C’était très éprouvant car la veille on avait déjà marché 25km pour 1626m de dénivelé positif. Le plus dur a été de gérer l’essoufflement avec l’altitude. C’était notre premier 3000m et on n’était pas encore acclimatés. Mais quelle récompense en arrivant au sommet !  La vue était encore plus incroyable que sur Half Dôme. La beauté singulière de Yosemite avec ses sommets granitiques s’offraient devant nos yeux. Ça aurait été dommage de ne pas profiter de ça. 

4. Soda spings

Et oui cette source naturelle située à Tuolumn Meadows porte bien son nom, c’est bien du soda qui sort du sol. Ne vous emballez pas trop, point de coca ni d’Orangina, mais une eau légèrement pétillante au goût d’argile. J’avoue on a été un peu déçus, on s’imaginait déjà déguster notre limonade offerte par mère nature. 

5. La découverte de notre bucket

Comme je vous l’ai déjà expliqué, nous avons eu la chance d’être aidés par des randonneurs américains qui nous ont laissé un énorme sceau (bucket) de nourriture dans une food Storage à Tuolumn Meadows. Rien ne garantissait qu’il serait toujours là quand on arriverait car en théorie n’importe qui peut se servir. En pratique ils avaient bien fait les choses, car le bucket portait une grande étiquette à mon nom avec les dates de récupération estimées (ce qui permet aux Rangers qui font régulièrement le tri dans les food storages de savoir jusqu’à quand le laisser là). On s’était dit qu’il était préférable d’attendre de déjeuner car on était certains que tout ne rentrerait pas dans nos bear canisters (effectivement ! ). Quand on est arrivés devant la food Storage décrite (en vidéo ! ) par nos trails angels, on avait déjà marché 18km et il était 15h30. Autant vous dire qu’on était affamés. Découvrir un énorme sceau de nourriture rien que pour nous, c’était un peu Noël avant l’heure !  Surtout que ce n’était pas nous qui l’avions préparé donc rappelait vraiment un cadeau de Noël. Comme on l’avait deviné, nos bear box étaient beaucoup trop petites pour tout stocker. On s’est donc préparés un énorme déjeuner, on a mis de côté un énorme dîner (on peut marcher  avec de la nourriture en dehors des box, il faut simplement que tout soit enfermé pour la nuit ) et on a dû se séparer de quelques provisions à notre grand désespoir. On a même transféré la fin de notre crème solaire dans un plus petit pot pour pouvoir prendre un maximum de nourriture. Autant vous dire qu’en repartant, on était chargés comme des mules : 19kg pour moi et 26kg pour Christophe. Il nous restait 10km à marcher car on n’avait pas le droit de bivouaquer dans ce coin là. Ça a été une des partie les plus dure de la randonnée !  C’est à ce moment que j’ai perdu une partie de la sensibilité de la hanche et que j’ai gagné une douleur à l’épaule qui ne me quitte plus depuis. 

6. Les bivouacs dans des lieux enchanteurs

Los du John Muir Trail en théorie on peut bivouaquer où l’on souhaite mais en pratique on nous demande de toujours se mettre sur des zones où il n’y a aucun végétaux. Si vous voulez en plus dormir à plat et pouvoir planter des piquets, vous serez quasiment obligés de dormir dans des endroits définis et indiqués sur la carte. Heureusement il y en avait très régulièrement le long du chemin. Mais comment choisissions nous notre spot de dodo ? 

En premier il nous faut un endroit suffisamment grand et plat pour pauser notre tente. Ensuite, l’idéal, c’est d’être proche de l’eau pour cuisiner, boire, se laver et faire la vaisselle, ça facilite les choses. Et le must c’est quand on est tout seuls face à une vue magnifique. Comme nous randonnions hors saison on a eu la chance quasiment tous les soirs de bénéficier de ces conditions idéales. Parmi nos dodos mémorables : Mary Lake (et c’est pas à cause du nom ! ), Rosalie Lake et Virginia Lake. 

7. Notre parenthèse au Muir Trail Ranch (MTR) 

Ou quand un événement qui semble négatif en premier lieu se transforme en une expérience inoubliable. Comme j’en ai déjà un peu parlé, quand nous sommes arrivés le 28 septembre vers 12h au MTR pour récupérer notre ravitaillement, celui-ci n’était pas encore arrivé et ne serait pas là avant le lendemain 16h. Il faut dire que le tort était partagé. D’abord on avait un jour d’avance, on ne pensait pas être là avant le 29, mais par sécurité on avait bien mis entre le 28 et le 30 pour récupérer le bucket, donc il aurait dû être là. Ensuite on l’avait envoyé moins de 2 semaines avant notre passage, d’habitude ils demandent un minimum de 3 semaines, mais ils nous avaient dit que ça devrait suffire. Enfin on n’avait pas pu payer avec notre carte bancaire internationale sur le site donc notre bucket ne portait pas l’identification habituelle, mais c’est aussi selon leurs directrices que l’on avait fait comme ça. Bref comme ils s’en voulaient un peu (on soupçonne surtout qu’ils l’aient oublié pour la dernière raison car on sait qu’il était arrivé à temps à la poste), on a été invités à planter notre tente au ranch, à utiliser leur source d’eau chaude et à partager leur dîner. Habituellement, ils n’accueillent que des séjours au Ranch dans des petites cabanes et pas les randonneurs. Comme c’était la fin de la saison, il n’y avait plus de touriste mais seulement les propriétaires (un couple avec 3 enfants), des amis à eux (une femme seule avec 5 enfants) et les salariés. Ils avaient formés une petite communauté autonome et participative. Au quotidien chacun veillait à l’entretien et au bon fonctionnement du Ranch, et tout le monde se retrouvait dans la cuisine / salle à manger pour les repas qui étaient préparés par ceux qui le souhaitaient. Au milieu de tout ça, il y avait les enfants qui profitaient d’une éducation mêlée entre les cours à domicile et l’apprentissage au contact de la nature. 

Nous voilà débarqués affamés et tout crassoux dans ce petit paradis. 

D’abord on a découvert la source d’eau chaude. Le cadre était absolument magique et l’eau délicieusement chaude. On avait même du savon et du shampoing à notre disposition. On ne s’est pas fait priés et on a profité des lieux à plusieurs reprises pendant le séjour pour se laver, se relaxer et laver l’ensemble de nos affaires.

Ensuite la nourriture. Événement extraordinaire, une des membres de la communauté, Hailey, préparait le meilleur pain que l’on n’ait jamais mangé : levain maison, pétrissage régulier à la main, cuisson en cocotte.,… honnêtement en temps normal on l’aurait déjà trouvé délicieux mais là aux USA, en plein trek, au milieu de nulle part, alors qu’on se rationnait depuis déjà 10 jours, il avait le goût de l’exception. On a vraiment dû se faire violence lors des repas pour ne pas tout dévorer (chacun se servait et les quantités étaient plutôt bien dosées pour le nombre de convives, il fallait en laisser pour les autres ! ). 

Mais comme on n’avait pas vraiment envie d’arriver et de mettre les pieds sous la table, on leur à proposé de cuisiner. Et comme à notre habitude, nous avons fait honneur à notre région, on a fait une montagne de crêpes !  La recette sera malheureusement impossible à reproduire : nous n’avions aucun moyen de doser les ingrédients (ils parlent en livres ici et en cuisine ils disent avec des cups), nous n’avions que de la farine complète et pas de rhum. Comme on ne savait pas non plus s’il y aurait des choses à étaler dessus, on les a sucrées, et pour remplacer le rhum, on a mis de l’extrait de vanille. Afin de trouver la juste proportion des ingrédients, on a d’abord fait plusieurs essais, je ne vous cache pas qu’on en a bien profité pour se remplir l’estomac (c’est peut-être grâce à tous ces essais qu’elles étaient si bonnes ! ). En tout cas l’initiative a été très appréciée et on a gagné le droit à être réinvités aux repas du lendemain, et même de rester plus longtemps si on le souhaitait. 

Je remets juste ça rapidement dans le contexte : on était en plein trek, loin de toute civilisation, on était sous nourris, avec du lyophilisé et des barres de céréales pour 3 semaines, on se lavait dans les rivières glacées et là d’un coup on se retrouve à manger du pain frais, des crêpes et à se baigner dans une source d’eau chaude. C’était incroyable. 

Et en plus de tout ça on a rencontré de merveilleuses personnes avec des histoires de vie passionnantes. Hailey et Zac fermiers sur une île dans l’État de Washington, vivant dans une communauté s’articulant autour du yoga et de la méditation (et profitant de leurs vacances pour venir travailler ici ! ). Rivers, en plein tournant de sa vie, qui après de multiples travails allait s’engager dans une ferme avec des amis. Amanda s’occupant seule de ses 5 enfants âgés de 18 mois à 12 ans : nourriture, vaisselle, lessive, école. … la propriétaire des lieux (dont j’ai oublié le nom ! ), peut-être la moins démonstrative émotionnellement mais qui nous a accueillie chez elle, dans ce lieu hérité de génération en génération et nous a fait profité de son petit coin de paradis. Hailey et Zac nous ont même fait cadeau avant de partir d’un produit de leur ferme : une huile essentielle de lavande réputée pour soulager les bobos et petites douleurs. 

Nous ne sous sommes pas seulement ressourcés physiquement, nous avons également fait le plein de chaleur humaine lors de cette petite parenthèse enchantée

8. L’ascension du Mont Whitney

Nous pensions initialement couper la montée, comme à notre habitude, et dormir au Trail Camp, 3 km avant le sommet. Comme la zone est très aride, on est montés avec suffisamment d’eau pour tenir jusqu’au lendemain. Mais finalement il faisait tellement froid ce jour là, -12°C avec même quelques flocons, que l’on a marché vite et on est arrivés à 14h à notre camp après 20km de marche et 1200m de montée. Le vent était tellement froid et puissant qu’on a décidé de finir la montée et d’amorcer la descente prévue le lendemain (18km en tout). 

Arrivés au sommet la sensation était grisante : on l’avait fait !  On pouvait dire que l’on avait accompli le « true hike »  John Muir Trail !  En plus de ça la vue à 360° sur les alentours était époustouflante. On a bien sûr collé notre traditionnel drapeau Breton (nos voisins nous en ont offert une centaine pour qu’on n’en manque pas pendant le voyage) et on a fait nos petites photos souvenir. Nous avons discuté un peu avec un groupe de randonneurs présents sur le sommet en même temps que nous, qui nous ont appris qu’ils faisaient la randonnée depuis Whitney Portal (le parking d’accès à la rando, notre destination finale) à la journée !  Soit 34km et 2200 m de dénivelé positif !  Il était 16h30 quand on a amorcé notre descente et le soleil se couchait vers 18h30. En sachant que ces personnes allaient tout redescendre le soir même (et aussi parce que lenvent était absolument glacial), ça nous a donné la motivation et l’énergie nécessaire pour réussir à atteindre le camp le plus proche de la sortie (et donc le plus bas à 3000 m d’altitude). On a fini à la frontale au bout de 30km de marche avec de l’énergie à revendre ! 

9. Les vues incroyables

Nos coups de cœurs ont été : 

  • Le parc national Yosemite avec plus spécialement les vues des sommets de Half Dôme et Cloud rest
  • Les lacs et les superbes « effets miroirs » avec les sommets se reflétant dans les eaux translucides :  souvenirs particulier de Lake Virginia, de Wanda lake lors de l’ascension du col Muir pass et celui de Rae lake lors de l’ascension de Glen pass. 
  • Les vues depuis les cols
  • L’ambiance lors de la descente dans la vallée après la Pinchot pass :  la couleur orangée des montagnes répondait à celle du ciel rendu ocre par les feux de forêts, le soleil rouge vif scintillant à travers la fumée
  • L’entière ascension du Mont Whitney

Globalement la deuxième partie du trek était la plus époustouflante avec la vue du haut des cols même si elle l’aurait été encore plus sans les feux de forêts et la fumée qui nous a privée de certains paysages.